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PORTRAIT D’ARNAUD BAUBEROT, RESPONSABLE PEDAGOGIQUE D’HISTOIRE

a-bauberotAprès Guillaume Lurson, vous pouvez à présent découvrir Arnaud Baubérot.

Bonjour Arnaud, pouvez-vous vous présenter s’il-vous-plaît ?
Bonjour, je suis Maître de conférences en histoire contemporaine à l’Université Paris Est Créteil depuis 2003. J’ai fait des études d’histoire, puis j’ai passé l’agrégation, avant d’obtenir mon doctorat.

Pourquoi avoir choisir l’histoire comme discipline plutôt qu’une autre ?
L’histoire est un intérêt très ancien. J’ai toujours voulu en faire ; ensuite, c’est au fil de mes études que je me suis orienté vers l’enseignement et la recherche.

Devenir professeur, c’est une vocation, selon vous ?
Oui, je me sens vraiment une vocation. Je pense que c’est de là que vient le réel plaisir que j’ai à enseigner. Et c’est quelque chose que j’ai pu observer également chez de nombreux collègues.
Toutefois, je crois que l’on peut aussi évoluer. Je me suis toujours dit que le jour où je ne prendrais plus de plaisir à enseigner, je ne m’interdirais pas de changer de métier. J’ai vu des gens enfermés dans un métier qu’ils n’aimaient plus et qui n’osaient pas essayer autre chose. Nos goûts peuvent évoluer au cours de notre vie, il faut donc rester ouvert à l’idée qu’il est possible de se réorienter. Aujourd’hui, je suis heureux d’enseigner, et je n’ai aucune envie de changer. Mais si un jour je perdais ce « truc », il est clair que je changerais de métier.
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Passionné … ?
Effectivement, je pense qu’il est important de faire ce que l’on aime et ce dont on a envie. Mais, dans la passion, je suis raisonnable malgré tout. Par ailleurs, je ne veux pas idéaliser mon métier, il y a aussi des moments moins drôles, mais ça fait partie de la vie. Il ne faut pas avoir un rapport immature au plaisir ou au désir. Dans toutes choses, il y a aussi des contraintes ou des efforts à fournir. Il n’existe pas de métier où l’on se fait plaisir en permanence. Mais, c’est vrai que je suis attentif à ce que mon travail soit une source de satisfaction et d’épanouissement.

Sur quoi portent d’ailleurs vos recherches ?
Elles portent principalement sur le rapport à la nature au début du 20e siècle… sur la relation des hommes et des sociétés avec la nature et sur la manière dont ils la conçoivent. Mais je travaille aussi sur les mouvements de jeunesse et sur l’histoire du rock.

Pourquoi l’histoire du rock ?
Ah… l’histoire du rock, c’est parce que je fais de la musique moi-même ! C’est la première raison. Je suis d’ailleurs bassiste dans un groupe de rock. Ensuite, j’aime beaucoup la musique. Le rock, mais pas exclusivement. J’ai des goûts musicaux très variés.
Mais ce qui m’intéresse, au-delà la musique elle-même, c’est l’histoire des cultures juvéniles. Je me suis intéressé à la place des jeunes dans la société. Or, le rock à partir des années 60 en est une composante essentielle. Depuis un demi-siècle, la musique et la culture rock ont pris une place importante dans la manière dont les jeunes tissent des relations sociales et forgent leurs identités. Tout cela est très intéressant à étudier.

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Qu’est-ce qui vous plaît le plus entre / dans la recherche et l’enseignement ? 
En réalité, il n’y a pas de hiérarchie. J’ai autant d’intérêt pour la recherche que pour l’enseignement. Comme pour beaucoup de mes collègues, l’un ne va pas sans l’autre. Je crois que je ne pourrais pas consacrer 100% de mon temps à faire de la recherche.
Le travail de recherche en histoire est quelque chose de très solitaire. J’aime beaucoup cela, mais l’enseignement donne une dimension humaine et sociale à mon métier, qui est indispensable.
L’enseignement, c’est aussi un moyen de partager les connaissances que l’on découvre par la recherche. Mon enseignement de l’histoire se nourrit des questionnements pointus et de la réflexion historique que je mène dans le cadre de mon activité de chercheur. En fait, je n’ai pas une vision figée de l’histoire. Comme tous les historiens, je considère que c’est un savoir en perpétuelle construction.
Enfin, la relation avec les étudiants n’est jamais à sens unique. Enseigner c’est aussi réfléchir sur soi-même et sur sa façon de faire. Cela apprend une certaine humilité et la capacité à se remettre en cause.

Mais dans Tremplin IEP, le côté enseignement à distance pourrait casser cet aspect humain, non ? 
Je trouve que paradoxalement, et contrairement aux apparences, il y a une dimension humaine assez importante dans Tremplin IEP. D’abord parce qu’il y a beaucoup d’échanges entre les responsables pédagogiques. Nous sommes une équipe assez réduite et, pour la plupart, cela fait longtemps que nous travaillons ensemble. Il y a donc une vraie dynamique. Par exemple, il nous arrive d’avoir des échanges et de réfléchir très concrètement à nos méthodes éducatives afin de les faire évoluer. Notre collaboration est ainsi très efficace, même si l’on ne se voit que rarement.
Concernant la relation avec les étudiants, même si – là encore – c’est à distance, il y a pas mal d’interactions avec eux via les forums. Il y a d’ailleurs cette année un groupe de stagiaires tremplinistes qui sont assez actifs, posent des questions, discutent beaucoup entre eux. Donc même si l’on ne se voit pas, les échanges avec les stagiaires sont nombreux et permettent de donner pas mal d’éléments sur la manière d’enseigner. Quand j’ai commencé Tremplin IEP, il y a 4 ans de cela, je faisais certaines choses de manière assez différente. Ma pratique a évolué grâce aux retours des étudiants sur le forum. J’ai l’impression que c’est presque plus facile pour les stagiaires de faire des suggestions et des remarques ici, plutôt que face à un professeur dans une classe. Donc si nous savons être réceptifs, il peut y avoir beaucoup d’interactions et une dimension humaine bien réelle dans la formation, même si elle passe par des échanges en ligne.

Tremplin IEP – initiative des Sciences Po de Région -, a aussi – entre autres – une vocation démocratique : permettre l’accès au plus grand nombre à un enseignement de qualité en vue de rétablir une égalité des chances à ces concours dits d’ « élites ». Qu’en pensez-vous ?
J’y suis également très sensible. J’apprécie beaucoup que Tremplin ne soit pas seulement une préparation à des concours, mais aussi une formation sous-tendue par un projet et par des valeurs. C’est essentiel, à mes yeux, d’enseigner dans le cadre d’une structure dont je partage la philosophie et les valeurs.

Votre emploi du temps entre l’Université, la recherche et les copies/sujets Tremplin doit être assez chargé de fait, non ? Niveau organisation, ça passe ?
C’est le bordel… (rires). Oui, c’est assez chargé, mais j’aime bien ça.
Attention, je garde quand même du temps pour ma famille, pour faire de la musique et voir des amis. Le boulot à la fac, c’est effectivement du plein temps ; la recherche, c’est quelque chose qui est très prenant. Mais… L’avantage d’une formation en ligne, c’est qu’on peut travailler avec des horaires décalés, et moi j’aime bien travailler la nuit. Donc, au final ça me va parfaitement.
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Abordons désormais les aspects de votre matière…

Les programmes d’Histoire ces dernières années que ça soit au Lycée ou au concours ont été très allégés. Pour une ancienne ‘Pipo’ (NdlR : celle qui interviewe est une ancienne étudiante de Sciences Po Strasbourg), j’ai (sans doute) la mauvaise tendance de penser que ne pas aborder par exemple l’entre-deux guerres, c’est un manque pour comprendre l’actualité. Votre avis sur la question ?
Je vais faire une réponse en trois temps.

En tant qu’historien, tout d’abord, je voudrais relativiser cette opinion. Bien sûr le début du 20e siècle et les deux guerres mondiales sont des époques importantes et qui structurent beaucoup de choses… Mais l’Empire romain, le Moyen-Âge ou la Renaissance structurent tout autant notre monde contemporain, même si l’on s’en rend moins compte. Je ne crois pas que le début du 20e siècle soit plus important que des périodes plus reculées pour comprendre le présent. Il faudrait alors interroger les candidats au concours sur un programme allant de l’Antiquité à nos jours, ce qui est naturellement impossible.

En tant que formateur de Tremplin, ensuite, je trouve que le choix de limiter le programme à la 2e moitié du 20e siècle présente un réel avantage. Lorsqu’un programme intègre le début du siècle, l’étude de cette période est toujours centrée sur l’Europe et les États-Unis. Et lorsque l’on évoque le reste du monde, c’est principalement à travers la colonisation européenne. Pour le concours d’entrée en 1ère année d’IEP, nous avons donc un programme qui couvre une période moins longue, mais dans lequel on peut envisager des pays non européens (la Chine, l’Inde, des pays d’Afrique ou d’Amérique du sud…) comme des acteurs autonomes. Je trouve que c’est très important d’inviter les candidats à porter un regard sur l’histoire récente, mais à l’échelle mondiale, au lieu d’être uniquement centrés sur la France et l’Europe.
C’est essentiel que les futurs diplômés de Sciences Po soient capables de raisonner à l’échelle mondiale. Parmi eux, certains occuperont peut-être des postes importants dans institutions publiques, dans le secteur privé ou dans des ONG… Même s’ils doivent prendre des décisions à l’échelle locale, il est essentiel que leur culture générale et leur niveau d’appréhension des problèmes ne se limite pas à la France. Ça peut paraître amusant que je soutienne cela, alors que je suis moi-même spécialiste de la France au début du 20e siècle. Néanmoins c’est une conviction forte : L’échelle de pensée d’un étudiant de Sciences Po doit être l’échelle mondiale.

Enfin, il faut replacer le concours à sa juste mesure. Le programme n’est pas toute la culture générale qu’auront les étudiants. Qu’ils réussissent ou non le concours, tous vont naturellement continuer à compléter leur formation que ce soit au cours de leurs études ou dans leur vie d’adulte, par des lectures, des rencontres, les médias, etc.

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Donc vous êtes plutôt pour une évolution des programmes d’histoire de manière générale ?
En fait, je suis convaincu que les programmes doivent évoluer. Quand mes enfants étaient au collège, ils ont étudié l’histoire des civilisations précoloniales, l’histoire de l’esclavage… des choses que je n’ai pas étudiées quand j’étais moi-même collégien. Ça leur a beaucoup plu, et j’ai trouvé ça très intéressant. Les programmes ont ainsi évolué vers une plus grande ouverture au monde et cela me semble une très bonne chose. En France, on considère que l’enseignement de l’histoire a une vocation d’éducation civique, d’ouverture esprit. De ce point de vue, il est essentiel que cet enseignement continue de s’élargir à l’échelle mondiale.
Concernant la réduction des programmes, pour compléter votre question, je trouve que les programmes d’histoire ont longtemps été beaucoup trop chargés. Le fait de les alléger n’est pas forcément un mal. Cela permet de couvrir des périodes moins vastes mais de le faire mieux. Après, comme je n’enseigne pas moi-même en collège ou en lycée, je n’ai pas un avis d’expert. Mais, vu d’un peu plus loin, cela me semble bénéfique, aussi bien pour les élèves que pour les professeurs.

Et la forme dont beaucoup d’enseignants tous niveaux confondus s’alarment de plus en plus ?
La forme pose problème, c’est vrai. C’est la question de la méthodologie. J’ai l’impression – mais je me méfie car on a toujours tendance à croire les choses vont de moins en moins bien – que les lycéens qui sortent du Bac sont moins armés d’un point de vue méthodologique. Pas tous bien entendu, mais il y a pas mal d’étudiants qui ne savent pas faire une dissertation ou bien problématiser un sujet.

C’est d’ailleurs – pour revenir à la formation Tremplin IEP – ce que j’aime bien dans notre approche. Nous mettons vraiment l’accent sur l’apprentissage de la méthodologie. On essaie de faire en sorte que ça ne soit pas que de la rhétorique, mais vraiment apprendre aux étudiants à construire une réflexion, une pensée, à raisonner de manière autonome. Car la méthodologie, ça n’est pas seulement de la mise en forme, c’est aussi – voire surtout – apprendre à penser par soi-même. C’est aussi, à mon avis, ce qui justifie la place de l’histoire dans le concours et l’enseignement des IEP. L’histoire comme les questions contemporaines sont des disciplines où l’on invite les étudiants à réfléchir, construire, bâtir une pensée autonome, et ce sur quoi on les évalue. Et ça, je pense que c’est essentiel.

La méthode, un vrai atout de la formation Tremplin IEP donc ?
Oui, indiscutablement. Car nous savons que malgré les bons résultats de notre formation au concours, vu le nombre d’inscrits à Tremplin une grande partie d’entre eux ne seront pas reçus à un IEP. Et de ce point de vue, nous apportons un réel plus à tous les étudiants pour la suite de leurs parcours. Nous les aidons à consolider leurs bases pour mieux aborder leurs études supérieures.
Mon expérience d’enseignant à l’université m’a montré qu’un étudiant qui possède de bonnes bases méthodologiques et des habitudes de travail a toutes les chances d’effectuer un très bon parcours universitaire et de trouver, à la sortie, des perspectives professionnelles très intéressantes. Je suis donc convaincu que, quelle que soit l’issue du concours, les tremplinistes qui suivent notre formation avec sérieux seront de meilleurs étudiants et réussiront mieux leurs études. De ce point de vue, mon engagement dans la formation Tremplin IEP a aussi du sens par rapport à mon métier à l’université.

Un message à faire passer à tous les actuels Tremplinistes qui voient la date du concours approcher ?
Mon premier conseil serait qu’il faut toujours accorder la priorité aux études en cours. Ceux qui sont lycéens ne doivent pas perdre de vue que leur priorité c’est le bac ; idem pour ceux qui préparent une année d’études supérieures. Car le concours c’est quand même une forte marge d’incertitude et ça ne serait pas raisonnable de tout miser dessus.

Ensuite mon deuxième conseil, c’est d’avoir confiance en soi et de croire fermement à la réussite du concours. Si l’on est convaincu que l’on va réussir, ça ne garantit pas que cela marchera, bien sûr. Mais si l’on n’y croit pas, il est certain que ça ne marchera pas. Il faut donc être optimiste, et se donner tous les moyens d’aller de l’avant. Pour réussir un concours, il faut y croire !

Le troisième conseil est plus pratique : ne pas trop entrer trop dans le détail du point de vue des connaissances historiques. L’épreuve d’histoire, c’est quand même un exercice de synthèse plus que d’érudition. En revanche, il faut vraiment travailler la méthodologie, car la dissertation d’histoire c’est en grande partie de la méthodologie. Voilà !

Merci beaucoup Arnaud !